La solidarité avec le peuple palestinien est plus que jamais nécessaire

La solidarité

Mercredi dernier, la plupart des journalistes étrangers parlaient d’ambiance festive dans les villes et les villages palestiniens où la population était en train de voter, massivement d’ailleurs (le taux de participation a dépassé les 75%). « Fête de la démocratie » annonçait une chaîne européenne, en insistant sur l’absence d’incidents ou d’irrégularités. Mais il y avait en fait une irrégularité majeure : les menaces des puissances américaine et européenne de couper l’aide économique au cas où les Palestiniens éliraient au Conseil Législatif une majorité de membres du Hamas. Puis xxx vinrent les résultats. Comme on le sait maintenant, les menaces n’ont pas fonctionné. Et c’est avec une majorité écrasante que le Hamas entre au Conseil Législatif palestinien, à la surprise de tous, y compris de la direction du parti islamiste. Certes, il était évident que ce dernier allait faire un bon résultat. Hamas capitalise sur la déception populaire face à la gestion catastrophique du Fatah et de son monopole du pouvoir depuis 1994 au moment de la mise en place de l’Autorité Palestinienne en 1994. Mais personne ne s’attendait à un tel raz-de-marée. Sur les 132 députés du nouveau Conseil Législatif, le Hamas a 76 élus, le Fatah 43, et les diverses listes de gauche 13. Il est par ailleurs intéressant de noter que dans le collège proportionnel (le conseil étant composé à 50% de députés élus à la proportionnelle sur des listes nationales et à 50% par des représentants de districts élus à la majorité des voix), les chiffres sont sensiblement différents : sur 66 députés, le Hamas a 30 élus (45%), le Fatah 27 (41%) et la gauche 9 (14%). Cela représente plus fidèlement le véritable rapport entre les forces politiques dans les territoires palestiniens.

Détournement de sens

Des l’annonce des résultats, une immense campagne de mystification internationale a commencé. « Nous n’avons plus de partenaires » ont affirmé les dirigeants israéliens. Avec la victoire du Hamas, ont renchéri les medias occidentaux, le processus de paix est maintenant enterré. Comme si, à la veille des élections, il y avait eu un processus de paix ou pour le moins des négociations israélo-palestiniennes ! Comme si le Président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abass et avant lui Yasser Arafat n’avaient pas été eux aussi disqualifiés comme partenaires par Ariel Sharon ! Celui-ci a fait, depuis longtemps, le choix de l’unilatéralisme et systématiquement refusé de considérer les dirigeants du Fatah comme des interlocuteurs, y compris dans le « retrait unilatéral de Gaza ». Ce n’est pas l’élection du Hamas qui a mis fin au processus négocié, mais le refus déclaré du gouvernement israélien de continuer le processus d’Oslo. Pas plus qu’Ariel Sharon n’aura été sur le tard un homme de paix, la victoire du Hamas n’est le signe d’une reprise de la guerre. Faut-il rappeler que, malgré la trêve unilatérale des Palestiniens, et en particulier du Hamas, les agressions n’ont pas cessé par les forces d’occupation israéliennes.

Un recul pour la démocratie en Palestine

Autre composante de la campagne de mystification, ouvertement raciste cette fois, est la description du Hamas comme un courant « fanatique », irrationnel, pour qui la violence est un but en soi, et la mort des Juifs un « devoir sacré ». Certes, Hamas est un mouvement islamiste intégriste, guidé par une certaine lecture de l’Islam avec un projet de société où il ne ferait pas bon vivre pour quiconque est épris de liberté et d’égalité. Il prône en outre la destruction de l’Etat d’Israël et la constitution d’une république islamiste sur l’ensemble du monde où la culture musulmane est majoritaire. Pour les hommes et les femmes de Palestine, la victoire du Hamas est une défaite dans leur lutte pour un État laïc et démocratique. En fait le Hamas n’est pas différent de nombreux partis intégristes israéliens dont le projet de société est assez proche de celui du Hamas. C’est le cas de certains partis israéliens d’extrême-droite qui s’opposent farouchement a l’autodétermination des Palestiniens et qui appellent à leur expulsion et leur dispersion à travers le monde arabe. Or ces partis ont fait partie de plusieurs gouvernements israéliens, que ce soit celui de Yitshak Rabin (le Parti National Religieux, le Shass) ou le gouvernement d’Ariel Sharon (Moledet, l’Union Nationale). Pourtant, cela n’a pas provoqué le boycott Israël ou la rupture de l’accord d’association entre Israël et l’Union Européenne.

Le pragmatisme prévisible d’Hamas

Contrairement aux images propagées par plusieurs médias israéliens et internationaux, Hamas est un mouvement politique extrêmement rationnel et pragmatiste. Si l’islamisation du monde arabe est son objectif à long terme, y compris, pour l’instant, la disparition Israël, il est tout à fait prêt à accepter un cadre de coexistence avec l’État sioniste, à négocier avec ses dirigeants et à respecter les accords signés entre l’OLP et l’État israélien. Ses dirigeants l’ont d’ailleurs clairement annoncé, dès lors qu’il acceptait de prendre part à l’exercice électoral et à revendiquer le pouvoir. L’acceptation d’une trêve à long terme avec Israël et ce malgré le fait Israël s’est opposé à cela dans sa guerre dite de « pacification », prouve que le mouvement islamiste sait être pragmatique. Le respect scrupuleux de cette trêve malgré les innombrables provocations israéliennes montre en outre que c’est un mouvement extrêmement discipline. Trois décisions prises par la direction du Hamas ces derniers jours montre la voie qu’il entend suivre. D’abord, l’acceptation de l’autorité de l’OLP (toujours dirigée par le Fatah) sur l’Autorité nationale palestinienne, ce qui laisse au Président Abass une très grande marge de manœuvre dans la poursuite d’un éventuel processus négocié, si Israël décide de mettre fin à son sabotage. Ensuite l’appel à un gouvernement d’union nationale avec le Fatah, ou les postes les plus importants seraient aux mains d’experts et de technocrates et dans lequel les dirigeants du Hamas seraient en fait minoritaires. Finalement, la dissolution de ses propres milices dans des forces armées nationales palestiniennes. On est donc loin d’un projet de guerre sainte, comme on nous en rabat les oreilles depuis quelques jours. En fait, la balle est dès à présent dans le camp du Fatah : répondra-t-il aux appels a l’union du Hamas ? Acceptera-t-il de renoncer au monopole du pouvoir, en particulier sur les finances et les forces armées officielles ? Or le mouvement créé à l’origine par Yasser Arafat est divisé face aux enjeux nouveaux auxquels il est confronté, et les risques de confrontations entre tendances rivales de la formation d’Abou Mazen sont tout à fait réels.

L’importance de la solidarité

Des tensions similaires menacent également le mouvement de solidarité internationale, avec le risque de voire poindre des tendances à réduire une solidarité plus nécessaire que jamais, à cause du « mauvais vote » des Palestiniens. Or la tâche centrale du mouvement de solidarité en Europe est aujourd’hui de combattre avec vigueur et sans compromis aucun le chantage exercé par certains gouvernements européens et certains dirigeants de l’UE : les Palestiniens ont besoin du soutien international, les Palestiniens ont droit au soutien international, indépendamment du choix démocratique qui a été le leur. Se dérober à une telle tâche reviendrait à confirmer l’horrible discours défendu par le gouvernement israélien depuis près de six ans, selon quoi, en soutenant une direction terroriste (il s’agissait à l’époque de Yasser Arafat !) le peuple palestinien prouve qu’il est un peuple terroriste et qu’en conséquence, il a perdu tous ses droits.

Premières réflexions sur la victoire du Hamas

Premières réflexions

1. La victoire électorale écrasante du Hamas n’est qu’un des produits de l’utilisation intensive par les États-Unis dans le monde musulman, depuis les années 1950, de l’intégrisme islamique comme arme idéologique contre le nationalisme progressiste et le communisme – en collaboration étroite avec le royaume saoudien, protectorat de fait des États-Unis presque depuis sa fondation. La promotion de l’interprétation la plus réactionnaire de la religion islamique – exploitant des croyances religieuses profondément enracinées dans les couches populaires – a conduit à ce que cette idéologie xxx remplisse le vide laissé par l’épuisement, au cours des années 1970, des deux courants idéologiques qu’elle a servi à combattre. La route était donc pavée dans l’ensemble du monde musulman pour la transformation de l’intégrisme islamique en expression prépondérante des amertumes et désillusions des masses populaires face aux attentes nationales et sociales. Cela se produisit au grand désarroi des États-Unis et de leur protectorat : l’Arabie saoudite. L’histoire des relations de Washington avec l’intégrisme islamique est l’illustration moderne la plus frappante de l’allégorie de l’apprenti sorcier (1).

2. La scène palestinienne ne fit pas exception à ce phénomène régional d’ensemble, bien que le processus s’y effectuât avec un certain xvideos décalage dans le temps. A l’origine, le mouvement de guérilla palestinien avait occupé l’avant-scène à la suite de l’épuisement du nationalisme arabe plus traditionnel et en tant qu’expression d’une radicalisation. Toutefois, le mouvement connut une bureaucratisation très rapide, stimulée par une injection impressionnante de pétrodollars. Il atteint des niveaux de corruption sans équivalent dans l’histoire des mouvements de libération nationale. Néanmoins, aussi longtemps qu’il continuait à représenter, sous les traits de l’OLP (Organisation de Libération de la Palestine), – ce qui peut être décrit comme un « appareil d’État sans État à la recherche d’un territoire » (2) – le mouvement national palestinien pouvait toujours donner corps aux aspirations de la vaste majorité des xnxx masses palestiniennes, malgré les nombreux tournants, contorsions et engagements trahis dont son histoire est parsemée. Toutefois, lorsqu’une nouvelle génération de Palestiniens s’engagea dans la lutte à la fin des années 1980, avec l’Intifada qui commença en décembre 1987, sa radicalisation s’engagea de plus en plus sur la voie de l’intégrisme islamique. Cela fut facilité par le fait que la gauche palestinienne – qui était la force dirigeante de l’Intifada dans les premiers mois- a gaspillé cette dernière occasion historique, en finissant par s’aligner encore une fois derrière la direction de l’OLP, assurant ainsi sa propre déroute. À une échelle plus petite, Israël a aussi joué sa propre version de l’apprenti sorcier en appuyant le mouvement intégriste islamique en tant que rival de l’OLP, avant l’Intifada.

3. Les Accords d’Oslo de 1993 ont inauguré la phase finale de la dégénérescence de l’OLP, lorsque sa direction – ou, plus exactement, le noyau dirigeant de cette direction qui passa par-dessus les organes dirigeants officiels – se vit offrir une tutelle sur la redtube population palestinienne de Cisjordanie et de Gaza. Cela lui fut accordé en échange de ce qui équivalait à une capitulation : la direction de l’OLP abandonna les conditions minimales qui étaient requises jusque-là par les négociateurs palestiniens de l’intérieur des territoires occupés en 1967 (dorénavant, les Territoires), avant tout un engagement israélien à geler la construction des implantations de colonisation de leurs territoires en attendant de les démanteler. Les conditions mêmes de cette capitulation – qui vouaient les Accords d’Oslo à un échec tragique, comme les critiques de ces accords le prédirent à juste titre depuis le début – ne pouvaient qu’accélérer le changement d’orientation politique de la majorité populaire palestinienne. L’État sioniste tira profit de la trêve dans les Territoires, et de l’ordre imposé par l’Autorité palestinienne (AP) jouant le rôle de force de police par procuration qu’Israël lui avait assigné. Il intensifia fortement la colonisation et la construction d’une infrastructure qui visait à faciliter son contrôle militaire sur ces Territoires. Le discrédit de l’AP augmenta de manière inexorable en conséquence. Cette perte de soutien populaire limita de plus en plus sa capacité à sévir contre le mouvement intégriste islamique palestinien, comme il lui avait été demandé et comme elle avait tenté de faire dès 1994. Cette fragilisation de sa base ne pouvait que rendre encore plus difficile l’objectif de marginaliser le mouvement islamique sur les plans politique et idéologique. De plus, le transfert de la bureaucratie de l’OLP de l’exil vers l’intérieur des Territoires – en tant qu’appareil dirigeant chargé de contrôler la population qui avait fait l’Intifada – a conduit très vite à ce que sa corruption atteigne des sommets. Cette corruption, la population des territoires put la constater directement pour la première fois. En même temps, le Hamas, à l’instar de la plupart des mouvements intégristes islamiques de masse- et à la différence du « substitutisme » d’organisations strictement terroristes, dont al-Qaida est devenu l’exemple le plus spectaculaire – se souciait d’apporter des réponses concrètes aux besoins essentiels des couches populaires et d’organiser des services sociaux, tout en cultivant sa réputation d’austérité et d’incorruptibilité.

4. L’irrésistible ascension d’Ariel Sharon à la tête de l’État israélien fut le résultat de la provocation à laquelle il se livra en septembre 2000 (3), provocation qui déclencha la « Seconde Intifada ». En raison de sa militarisation, ce second soulèvement ne reproduisit pas les traits les plus positifs de la dynamique populaire de la première Intifada. Du fait de sa nature même, l’AP ne pouvait prendre appui sur l’auto-organisation des masses ; elle ne pouvait que s’engager sur la voie qui lui était la plus familière en renforçant ainsi la militarisation du soulèvement. L’ascension de Sharon était aussi le produit de l’impasse à laquelle avait abouti le « processus d’Oslo » : l’incompatibilité entre, d’une part, l’interprétation sioniste du cadre d’Oslo – une version mise à jour du « plan Allon » de 1967, selon lequel l’État israélien abandonnerait les zones habitées des Territoires à une administration arabe, tout en maintenant la colonisation et le contrôle militaire de portions stratégiques de ces Territoires – et, d’autre part, celle de l’AP qui envisageait de recouvrer l’ensemble, ou presque, des mêmes Territoires , a défaut de quoi elle savait qu’elle perdrait ce qui lui restait d’influence auprès de la population palestinienne. La victoire électorale du criminel de guerre, Sharon, en février 2001 – un événement tout aussi « choquant » que la victoire du Hamas, si ce n’est bien plus – renforça inévitablement le mouvement intégriste islamique, son pendant du point de vue de la radicalisation des positions sur fond de compromis historique mort-né. Tout cela a été fortement accentué, bien entendu, par l’accession à la présidence des États-Unis de George W. Bush, suivie du déchaînement de ses ambitions impériales les plus farouches suite aux attaques du 11 septembre 2001.

5. Ariel Sharon a joué habilement sur la dialectique entre lui-même et son véritable pendant palestinien, le Hamas. Son calcul était simple : afin de mener à bien, de manière unilatérale, sa propre version dure de l’interprétation sioniste d’un règlement avec les Palestiniens, il avait besoin de réunir deux conditions :
– Réduire au minimum la pression internationale pouvant s’exercer sur lui – en particulier celle des États-Unis, la seule qui importe en Israël.
– Faire la démonstration qu’il n’existe aucune direction palestinienne avec laquelle Israël pourrait traiter. Dans ce but, il devait mettre en relief la faiblesse de l’AP et la décrédibiliser en tant qu’interlocutrice, en attisant l’expansion du mouvement intégriste islamique, sachant que ce dernier est frappé d’anathème par les États occidentaux. Ainsi, chaque fois qu’une forme de trêve était négociée par l’AP avec les organisations islamistes, le gouvernement Sharon se livrait à une « exécution extrajudiciaire » – en langage clair, un assassinat – afin de provoquer ces organisations à engager des représailles avec les moyens dont elles sont devenues spécialistes : les attentats suicides, leurs « F-16 » comme elles disent. Cela avait le double avantage de souligner l’incapacité de l’AP à contrôler la population palestinienne et d’accroître la popularité de Sharon en Israël. En vérité, la victoire électorale du Hamas est le résultat que la stratégie de Sharon visait à obtenir de toute évidence, comme plusieurs observateurs perspicaces n’ont pas manqué de le souligner.

6. Jusqu’à la fin de ses jours, Yasser Arafat a pu utiliser ce qui lui restait de son propre prestige historique. Contrairement à ce que de nombreux commentateurs ont affirmé, la réclusion forcée d’Arafat par Sharon au cours des derniers mois de sa vie n’a pas « discrédité » le dirigeant palestinien. En réalité, la popularité d’Arafat était historiquement au plus bas avant sa réclusion ; elle reprit vigueur après son « enfermement ». Le leadership d’Arafat a toujours été directement nourri, en réalité, par la diabolisation dont il a été l’objet de la part d’Israël. Sa popularité augmenta de nouveau, en conséquence, lorsqu’il devint le prisonnier de Sharon. C’est bien pourquoi le candidat d’Israël et des Etats-Unis à la direction des Palestiniens, Mahmoud Abbas, ne fut pas capable de prendre effectivement les affaires en main aussi longtemps qu’Arafat était en vie. C’est aussi la raison pour laquelle tant l’administration Bush que Sharon n’ont pas autorisé les Palestiniens à organiser les nouvelles élections qu’Arafat ne cessait de réclamer, sa représentativité ayant été mise en cause par les mêmes de manière hypocrite, en invoquant la nécessité d’une « réforme démocratique » de l’AP. La nature même des « démocrates » soutenus par Washington et Israël – « démocrates » certifiés par ce qualificatif – est incarnée de manière exemplaire par Mohammed Dahlan, le dirigeant hautement corrompu de l’un des appareils de « sécurité » rivaux qu’Arafat gardait sous son contrôle, selon le modèle traditionnel des régimes autocratiques arabes.

7. La victoire électorale du Hamas est une gifle retentissante pour l’administration Bush. Dernière illustration de la politique de l’apprenti sorcier conduite de façon spectaculaire par les États-Unis au Moyen-Orient, c’est l’estocade finale apportée à la rhétorique démagogique et mensongère, d’inspiration néoconservatrice, au sujet de la « démocratisation » du « Grand Moyen-Orient ». Il est certes encore trop tôt pour prédire avec quelque assurance ce qui va se passer sur le terrain. Il est néanmoins possible de formuler quelques observations et d’avancer quelques pronostics.

a) Le Hamas n’a pas de motivation sociale à collaborer avec l’occupation israélienne – du moins rien de comparable à celle de l’appareil de l’AP originaire de l’OLP. Le mouvement intégriste a d’ailleurs été plongé dans un certain désarroi par sa propre victoire : il aurait certainement préféré être dans la position beaucoup plus confortable de principale force d’opposition parlementaire à l’AP. Dès lors, il faut beaucoup d’autosuggestion et de vœux pieux pour croire que le Hamas va s’adapter aux conditions dictées par les États-Unis et Israël. Une collaboration est d’autant plus improbable que le gouvernement israélien, sous la direction du nouveau parti Kadima, fondé par Sharon, continuera la politique de ce dernier en utilisant à fond le résultat des élections qui convient si bien à cette fin, rendant ainsi impossible un compromis avec le Hamas. En outre, le Hamas doit faire face à un rival pratiquant déjà une surenchère à son égard : le « Djihad islamique » qui a boycotté les élections.

b) Afin de tenter de sauver le volet palestinien qui est d’importance névralgique pour la politique moyen-orientale des États-Unis dans son ensemble, une politique qu’elle a réussi à mettre dans une situation désastreuse, l’administration Bush va très probablement envisager trois possibilités :
– La première serait un tournant majeur de la part du Hamas, un tournant acheté et effectué par l’entremise des Saoudiens. Cela est cependant peu vraisemblable pour les raisons mentionnées ci-dessus, et le processus serait long et incertain.
– Une seconde consisterait à stimuler des tensions et des oppositions au Hamas afin de provoquer de nouvelles élections dans un proche avenir . Cela pourrait se faire en exploitant les vastes pouvoirs présidentiels qu’Arafat s’était attribué et dont Mahmoud Abbas a hérité, ou bien par une démission de ce dernier entraînant une nouvelle élection présidentielle. Pour qu’une telle opération soit couronnée de succès, ou même digne d’être tentée, il faudrait disposer d’une personnalité crédible pouvant regagner une majorité en faveur de la direction palestinienne traditionnelle. Mais la seule personnalité disposant du minimum de prestige requis pour un tel rôle est, aujourd’hui, Marwan Barghouti, qui – depuis sa prison israélienne – a passé une alliance avec Mohammed Dahlan en vue des élections. Il est dès lors probable que Washington exerce bientôt une pression sur Israël afin qu’il soit libéré.
– Une troisième option serait le « scénario algérien », désigné ainsi par référence à l’interruption du processus électoral en Algérie par la junte militaire en 1992. Cette option est déjà envisagée à en croire certains articles dans la presse arabe. Selon ce scénario, les appareils de répression de l’AP mèneraient une attaque contre le Hamas, imposeraient un état de siège et établiraient une dictature militaro-policière. Bien entendu, une combinaison des deux derniers scénarios est également possible, en reportant la répression contre le Hamas jusqu’à ce que les conditions politiques s’y prêtent mieux.

En tout état de cause, toute tentative des États-Unis et de l’Union européenne de forcer par la faim les Palestiniens à se soumettre, en interrompant l’aide économique qu’ils leur accordent, conduirait à un désastre tant sur le plan humanitaire que sur le plan politique. Il faut s’y opposer de la manière la plus énergique. La gestion catastrophique par l’administration Bush de la politique états-unienne au Moyen-Orient – couronnant des décennies de choix impériaux frappés de myopie et d’incompétence – n’a pas fini de porter tous ses fruits amers

Economie et Solidarité

Economie et Solidarité

Les cahiers d´Evry – Centre Pierre Naville Face au chômage et à l´exclusion, une multitude d’expériences rassemblées sous l’appellation ‘d’économie solidaire’ apparaissent depuis deux décennies un peu partout dans le monde: commerce équitable avec les pays du Sud de la planète, systèmes d’échanges locaux, initiatives locales créatrices d’emplois, financements solidaires de projets… Parviennent-elles à mettre en place au niveau local des alternatives à l’économie de marché ? Quelles sont leurs réussites et leurs limites ? Peuvent-elles se développer et devenir une véritable force de proposition ? Pour ce document, prendre directement contact avec le Centre Pierre Naville, Université d’Evry –

Bienvenue dans l´atelier de réflexion pour l’écriture d’une économie qui ait du sens ! Nous voulons rendre visibles et accessibles les pratiques, contributions spécifiques et réflexions d’acteurs qui, dans la lignée des “utopistes de 1848”, tentent d’inventer les nouveaux équilibres de nos territoires et de nos espaces de vie….

Nous avons ainsi la volonté de soutenir l’émergence d’une nouvelle culture économique et sociale qui n’a rien à voir avec l’économie libérale et avons assuré, pour celà, depuis mai 1999, des présences avec des tables documentaires-librairies dans des colloques, forums et consultations…

C’est à la demande d’acteurs rencontrés sur les territoires que nous mettons en place aujourd’hui, avec un gros travail et quelques bouts de ficelle, cette maquette d’un site marchand à vocation éducative… Si de bonnes volontés veulent nous apporter leur soutien technique et plein d’autres choses ….nous les accueillerons avec plaisir.

Vous pouvez participer à ce projet sous toutes formes et notamment en nous passant commande de livres… même s’il ne figurent pas dans notre sélection et/ou n’ont aucun rapport avec le sujet ici traîté. Nous pouvons maintenant aussi vous accueillir en nos locaux parisiens ou nous créons la librairie éducative francilienne de l’économie sociale et solidaire…

Merci de votre compréhension et à bientô500 ans de capitalisme Gérard Vindt – Editions Alternatives Economiques – Mille et une nuits Les grandes découvertes, les premiers empires commerciaux, la révolution industrielle, la colonisation, les crises économiques et les guerres, l’internationalisation des firmes et de la finance… Autant d’étapes qui ont marqué la croissance et l’essor du capitalisme dans le monde au cours des cinq derniers siècles, bouleversé les sociétés et débouché sur la mondialisation actuelle.

L´économie solidaire, une perspective internationale Sous la direction de Jean-Louis Laville – Postface de Guy Hascoêt En Europe, des centaines de milliers de salariés et de bénévoles sont impliqués dans des services solidaires. En Amérique, le développement local bénéficie d’une dynamique à bien des égards comparable : aux Etats-Unis, plus de deux mille corporations de développement communautaire s’attaquent à la revitalisation des quartiers ; au Québec, on compte plus de quatre mille groupes populaires et communautaires ; quant au Chili, l’économie populaire y fait vivre la moitié de la population dans une ville comme Santiago. L’économie solidaire, une perspective internationale présente ces réalités diversifiées et méconnues. Leur description amène à critiquer l’analyse de ces pratiques en termes de secteur informel ou d’économie domestique et à proposer une autre approche, qui parte de la reconstruction des rapports entre l’économie et la solidarité dans la modernité. Vues sous cet angle, les pratiques décrites témoignent d’une recomposition des rapports entre économique et social, recomposition nécessaire, vitale, compte tenu de la crise de la société salariale. Ce qui est en question, c’est la recherche de nouveaux rapports entre travail, activité et loisirs ; entre différents types de ressources et de revenus ; entre l’État, l’entreprise et l’association ; entre les systèmes et les “mondes vécus “.

“Jean-Louis Laville recense et étudie, avec d’autres, toutes les expériences qui en marge de l’économie marchande traditionnelle contribuent au développement de nouveaux emplois. C’est cette économie solidaire qui peut contribuer à remailler le tissu social. ” (Libération)

La Cecilia – Histoire d´une communauté anarchiste

La Cecilia

Suivant la vague d’émigration italienne vers le Brésil, Giovanni Rossi, vétérinaire pisan, anarchiste de coeur et défenseur du socialisme expérimental, part en 1890, en compagnie de quelques camarades, pour fonder une communauté basée sur les principes anarchistes, un projet qu’il avait vainement tenté de réaliser en Italie. Après maintes péripéties, alternant des périodes d’enthousiasme et de total découragement, la Cecilia est dissoute en 1894. Voyage, amour, exotisme, grands idéaux mais aussi grandes déceptions, tout concourt à donner un caractère exaltant à cette expérience de vie communautaire à laquelle ont déjà été consacrés un roman, une chanson, un film, une pièce de théâtre.

Cette étude, basée sur du matériel d’archives et des journaux d’époque, retrace toute l’histoire de la colonie, depuis la naissance du projet dans les rêves du tout jeune Rossi jusqu’aux traces laissées dans l’imaginaire de ceux qui se sont intéressés, de près ou de loin, à la Cecilia.

Isabelle Felici est maître de conférences à l’Université de Toulon et du Var. En 1994, elle a soutenu à l’Université de la Sorbonne Nouvelle-Paris III une thèse de doctorat sur les journaux anarchistes publiés en italien au Brésil au tournant du xxe siècle. Ses recherches portent sur l’émigration italienne et ses manifestations culturelles. La grande transformation Karl Polanyi

Karl Polanyi est né la même année que Keynes (1886), à Budapest, en Hongrie. Un ami de sa mère, Samuel Klatchko (très proche de Léon Trotski), tenait une librairie à Vienne et représentait officieusement les organisations illégales qui luttaient contre la Russie tsariste. Entre Vienne et Budapest (les deux grandes villes de l’Empire austro-hongrois), les communications étaient faciles : aussi, chez les Polanyi, on recevait fréquemment des révolutionnaires envoyés par Klatchko. Elevé dans ce milieu militant, il n’est pas étonnant que Polanyi se soit senti la fibre socialiste, mais d’un socialisme humaniste, non marxiste (il reprochait beaucoup à Marx son déterminisme économique). Etudiant à Budapest, il est l’un des animateurs du Cercle Galilée, une association progressiste qui s’efforce de promouvoir une sorte de révolution culturelle à travers l’alphabétisation des classes populaires. Cela lui vaut d’être renvoyé de l’université de Pest en 1909.

Officier de cavalerie durant la Première Guerre mondiale, il est choqué par la bestialité et l’horreur de ce premier conflit de masse. Il écrit que c’est cette prise de conscience qui le poussa à tenter de comprendre les origines profondes de ce cataclysme. Après la guerre, il prend part à la révolution hongroise de 1919, qui échoua assez vite : aussi, il émigre à Vienne, où il devient journaliste économiste. il y rencontre une jeune révolutionnaire d’origine polonaise, Ilona Duczynska, qu’il épouse. A Vienne, patrie de toute une brillante cohorte d’économistes – Menger, Böhm-Bawerk, Von Wieser, Von Mises, Von Hayek, Schumpeter… -, il organise un séminaire de réflexion sur l’économie socialiste, qui l’amène à polémiquer avec Von Mises. Ce dernier estimait que l’économie socialiste, faute d’informations transmises par un marché libre, n’était pas viable.
Pour Polanyi, au contraire, si l’on s’appuie sur des associations coopératives de producteurs et de consommateurs, c’est jouable, puisque cela permet de tempérer les critères d’efficacité économique par des choix sociaux librement déterminés par les associations. Von Mises dut reconnaître que cette espèce de marchandage socio-économique décentralisé pouvait fonctionner, contrairement à la planification centralisée. Comme beaucoup d’intellectuels progressistes, Polanyi émigre d’abord au Royaume-Uni, puis aux Etats-Unis dans les années 30, comme universitaire.

En 1944, paraît « La grande transformation », son maître livre (traduit chez Gallimard). En 1956, il soutient la tentative de révolution hongroise, qui s’efforça en vain de soulever la chape de plomb soviétique.

En 1960, avec Joan Robinson, Oskar Lange, Ragnar Frisch, Gunnar Myrdal, Jan Tinbergen (ces trois derniers devant recevoir ultérieurement le Nobel de sciences économiques), il fonde une revue de socio-économie à orientation socialiste, « Coexistence », qui n’a qu’une existence éphémère. En 1961, puis en 1963, il retourne à Budapest pour y donner des conférences. Ce fut, nous dit sa fille, l’un de ses derniers bonheurs : il meurt en 1964 au Canada. Il existe un institut d’économie politique Karl Polanyi à Montréal (université Concordia) animé par Marguerite Mendell.

En français sont parus les textes suivants : « La grande transformation », éd. Gallimard (1983). « Les systèmes économiques dans l’histoire et la théorie », éd. Larousse (1975). « La fallace de l’économique », Bulletin du Mauss No 18 (juin 1986), extrait de « The livehood of Man ». « La comptabilité socialiste », Cahier monnaie et financement, université Lyon II, 1994.

Il convient enfin de signaler « La modernité de Karl Polanyi », un ouvrage essentiel élaboré autour des analyses de Polanyi, récemment paru aux éditions L’Harmattan (1998), avec notamment des contributions de Jean-Michel Servet, Alain Caillé, Serge Latouche, Yves Crozet et Guy Roustang.

Note de présentation de la revue Alternatives Economiques
Les associations et la loi 1901, cent ans après
Née d’un artifice juridique, qui l’assimile à un contrat, l’association semble riche de paradoxes : jouissant d’une liberté entière quant aux conditions dans lesquelles elle se forme et acquiert la personnalité morale, elle ne possède néanmoins qu’une capacité civile réduite ; institution privée, elle est largement présente dans la sphère administrative ; en dépit de son but désintéressé, elle s’est également étendue dans le domaine marchand ; outil de la liberté d’expression, elle peut, dans son fonctionnement interne, n’être soumise à aucune règle démocratique ; jalouse de son indépendance, elle développe néanmoins, à toutes les époques, une relation complexe avec l’autorité, qui lui confère reconnaissance et privilèges fiscaux, quand elle ne lui délègue pas une partie de l’action publique. Conseil d’Etat – 03/2000 La modernité de Karl Polanyi sous la dir. de Jean-Michel Servet, Jérôme Maucourant et André Tiran,

Karl Polanyi, on le sait (voir Alternatives Economiques No 159, mai 1998), ne se montre pas critique à l’égard du marché, mais à l’égard du fait que, depuis un siècle, le marché tend à envahir toute la vie sociale et à chasser deux autres formes de relations sociales, la redistribution et la réciprocité, pourtant nécessaires à toute société digne de ce nom. Au fil des contributions, on découvre donc un socialiste démocrate, voyant dans l’éducation plus que dans la révolution la clé du changement et analysant le caractère exceptionnel du capitalisme au regard des sociétés organisées selon d’autres principes.
Au-delà de cette partie biographique et ethnologique, on lira avec intérêt les interventions expliquant l’actualité de Karl Polanyi.

Mais c’est surtout la partie monétaire qui ouvre des horizons novateurs : Jean-Michel Servet nous explique comment Polanyi récuse la fable du troc comme début des échanges. Pour les économistes, l’échange est une fin en soi. Pour Polanyi, il n’est qu’un des moyens – et pas le plus important – pour cimenter une société. Décapant, mais pas toujours facile à lire. Note de lecture réalisée par Denis Clerc pour la revue Alternatives Economiques